Yoko dans La presse
Yoko dans les médias

La presse

Voici deux articles tirés de La Presse (“le plus grand quotidien francophone d’Amérique du Nord“) de Gilles Racette, parus lors du passage de Roger Leloup au Québec en 1982. Ces deux articles se font suite, La belle électronicienne et Entre la sensualité et la fraicheur.

Merci à  Richard Gendron pour nous avoir retrouvé ces articles.

La belle électronicienne

GILLES RACETTE
collaboration spéciale
 La belle électronicienne
Après Bornéo et un voyage dans le temps qui nous avait menés à la Seconde Guerre mondiale avec La spirale du temps, c’est en Écosse que nous convie La proie et l’ombre, ce douzième album des aventures de Yoko Tsuno. Le prétexte à l’aventure? Secondée par Pol et Vie, ses faire-valoir, Yoko doit faire un reportage pour la télévision sur le monstre du Loch Ness et quelques autres «légendes» locales. Sans trop d’efforts d’imagination et la couverture aidant, le lecteur ajoutera ses propres fantasmes et c’est un peu sans sur prise qu’il verra apparaître un magnifique fantôme dans un château digne des meilleures histoires fantastiques. Château, apparitions, individus louches, illuminés, actions nocturnes, intérieurs d’un autre âge, proximité d’un cimetière, passages secrets, ruines et un soupçon de science: voilà créée l’ambiance propice d’une aventure dont seul Roger Leloup a le secret.
La proie et l’ombre se passe sur la terre, simplement. Ceux qui ne connaissent pas Yoko Tsuno ne se douteront certes pas que ses
aventures la mènent parfois aux confins du Cosmos et qu’elle est alors supportée par un arsenal technologique des plus sophistiqués. Ici, la science n’a que très peu à faire: la science-fiction fait place à un fantastique d’atmosphère.
Les mordus connaissent bien le style Leloup; avec cet album, ils seront comblés. Ils retrouveront les prises de vue grandioses, le souci du détail qui relève de la documentation photographique, les postures malhabiles mais typiques des personnages, les épisodes nocturnes nombreux, les coloris caractéristiques. un découpage serré et un suspense enlevant.
Naturellement, avec les années (12 exactement), Yoko Tsuno s’est transformée. Ce qui apparaît clairement depuis quelques albums, et cela est encore plus évident avec celui-ci, c’est que Roger Leloup est en train d’investir son héroïne d’un halo érotique certain. Le lecteur est amené à «voir» quelques scènes intimes auxquelles il n’avait jamais eu droit et cela n’est malheureusement pas étranger au fait que Yoko Tsuno soit une femme. Elle se promène une bonne partie de l’album en robe de nuit, on assiste au moment où elle se met au lit, où elle en sort. La coquetterie l’a finalement atteinte. Elle est dotée de plus en plus de tout un ensemble de caractéristiques de la féminité traditionnelle: sa tenue vestimentaire est de plus en plus étudiée, elle a beaucoup perdu de son agressivité, elle est poseuse et un peu «Barbie». Mais ce qui est plus grave encore, c’est qu’en la faisant devenir de plus en plus victime des événements, Roger Leloup est en train de la «sortir» de l’action. Le lecteur, ébahi devant tant de beauté plastique, n’aura plus prise sur les personnages ni sur les paysages. Il aura devant lui des êtres idéalises et du pittoresque. À Roger Leloup d’y voir.
D’électronicienne compétente, Yoko Tsuno est en train de devenir LA JOLIE électronicienne. J’aime. trop Yoko Tsuno pour la voir s’échapper comme ça.
Roger Leloup sera de passage à Montréal la semaine prochaine après s’être arrêté au 11e Salon international du livre de Québec. Il sera en mesure de répondre à cela ici même dans cette page.
YOKO TSUNO: LA PROIE ET L’OMBRE, par Roger Leloup. 46 pages. Éditions Dupuis.
(LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 24 AVRIL 1982)

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C'est Moi

12 commentaires

  • petrushka

    Attention! Roger se rappelle cette interview assez difficile à gérer car le journaliste prétendait que l’on entrait comme un voyeur dans la chambre à coucher de Yoko en chemise de nuit…

    Roger lui avait fait remarquer qu’il voyait cela en homme et que Yoko l’avait troublé à la lecture plus que lui au dessin… Yoko a une chemise de nuit très prude dont le but n’est que le romantisme… De plus, le public de Yoko comportant 50% de filles, on ne voyait pas pourquoi elles devraient avoir des scrupules d’entrer dans la chambre à coucher d’une amie…

    Vision personnelle d’un journaliste mais vision positive… Sans complicité de l’auteur… On a voulu une aventure romantique avec des robes romantiques pour Yoko et il y aura toujours quelqu’un pour imaginer au travers d’une jolie robe ou chemise de nuit ce que l’on n’a pas voulu montrer… Sauf de la fraîcheur et une joie de vivre…

    Bonne lecture quand même on ne fera plus de commentaires…

    Bises de la part de Yoko et de moi,

    Emilia

  • Cherrydean

    Fichtre, j’espère que les normes sont plus hautes maintenant dans La Presse (que je ne lis jamais), parce que même dans le journal étudiant de mon ancien cégep, je ne laissais pas y paraître autant de fautes.

    Je suis déçue de voir que certains peuvent aller chercher jusqu’à de l’érotisme dans Yoko. Franchement! Je suis vraiment vexée qu’un Québécois ait pu écrire une telle chose en 1982. Quelle horreur! Yoko en robe de nuit se mettant au lit? Assise sur une chaise ou sur un lit, c’est du pareil au même. Et la robe de nuit, hou-la, attention, on voit qu’elle est nue pied! La robe ne se rend qu’à la cheville. Pour moi, il voyait bien ce qu’il voulait voir le monsieur.

  • Hallberg

    De la même façon que le corps social ne peut s’empécher de se poser la question “sera-t-elle capable?” à chaque fois qu’une femme accède à une responsabilité élevée (et que la presse ne peut s’empêcher de s’intéresser à sa tenue et autres détails drôlement utiles), la représentation des femmes en tant qu’héroïnes dans un livre inspire toujours aux journalistes des réflexions qu’ils n’auraient pas eu envers un personnage masculin. C’est à mon avis le signe des nombreuses rigidités, crispations, qui traversent encore une société habituée à des représentations mentales masculines. Ce texte a beau avoir bientôt un quart de siècle, je suis persuadé que ce genre d’entretien pourrait encore arriver, et toute mon admiration va à M. Leloup pour sa patience vis-à-vis de ce genre de bêtises.

    Cherrrydean, qu’un québecois… sans doute smiley, mais ce qui heurte mon amour propre à moi, c’est qu’un européen aurait très bien pu faire la même chose. Je ne connais pas le Québec, mais je puis te dire que cette façon d’aborder l’art n’est pas conforme aux valeurs des européens de ma génération pour peu qu’ils aient une certaine éducation.

  • Hallberg

    Dans la deuxième partie, cet aspect devient manifeste. Méthodologiquement, le journaliste ne semble pas assumer le fait que cette histoire n’est que sa lecture – il se fait donneur de leçons. Faire un contre-sens sur l’oeuvre et conserver un tel ton me semble effectivement assez désagréable… J’invite nos lecteurs à se rendre compte de l’étendue des dégats dans la seconde partie du texte…

  • Ek

    Toute critique est subjective. Un journaliste est et reste un homme imparfait, déontologie ou pas. Ce monsieur aime Yoko, tant mieux, nous aussi. Il n’aime pas sa façon d’être, nous si. Alors réjouissons-nous avec ceux qui se réjouissent et laissons blâmer ceux qui blâment. La poésie, la féminité, les sentiments, Yoko…
    Pour ma part je félicite M. Leloup d’avoir conservé à notre belle héroïne ce qui en fait son charme et qui est plus du domaine de l’enfance et de sa beauté, que des mauvaises pensées adultes.
    Après tout, on ne voit que ce qu’on veux bien voir n’est-ce pas?!

  • Gobol

    Pour ma part, je suis quelque peu choquée par de tels propos… J’ai toujours beaucoup, beaucoup aimé “La Proie et l’Ombre”, que j’ai toujours trouvé à la fois très beau graphiquement, très romantique, avec beaucoup d’action, et que j’ai toujours pu lire avec mon regard d’enfant, qui reste intact pour l’instant, malgré les années qui passent. Que l’on puisse y trouver ce que ce monsieur y trouve, ça me choque… J’ai toujours admiré les tenues de Yoko dans cet album, y compris sa chemise de nuit… Je la trouve tellement belle, et pourtant pas d’érotisme, pas ce côté “poseuse sortie de l’action” dont il parle (excusez-moi pour le raccourci, je suis un tantinet fatiguée…). Pour moi (comme d’habitude, cela n’engage que moi, bien sûr), Yoko est encore au centre de l’action, et pas du tout dominée par elle. Elle l’accompagne, tente de comprendre, y parvient… Rien d’érotique dans tout cela… Je mettais dans mon titre “souillé”, parce que ce genre de propos est susceptible d’influencer la lecture des plus jeunes, qui découvriraient la bd, ou qui seraient encore trop influençables pour faire la part des choses… J’espère qu’ils sauront garder leur regard d’enfant, et trouver dans cet album comme dans les autres toute la poésie et la beauté, l’action que Roger Leloup a le don de nous faire partager tout au long de ces albums…

  • Oresias

    Le journaliste se fait critique littéraire, libre à lui, je pense, de donner son point de vue critique.

    De même que les critiques de cinéma (qui ne reflètent que rarement l’avis du public) font leur éloges ou descendent en flammes une oeuvre.

    Je présume qu’à chaque fois que sort un nouvel opus des aventures de Yoko (ou de n’importe quel autre BD d’ailleurs), il y a toujours des mauvais coucheurs qui trouvent que le nouvel album est moins bien que les autres et ne reflète pas la série.

    Beaucoup idéalisent leurs héro(ïne)s de papier.

    Marrant sa critique d’ailleurs, car ce n’est pas la première fois qu’on voit Yoko en chemise de nuit. Je pense par exemple à “L’araignée qui volait”…
    J’imagine sa réaction en lisant la fin de l’album 14…

    Reprocherait-il à Yoko sa beauté?

  • Eli

    Yoko est jolie, elle a une tenue vestimentaire « étudiée », oui et alors ? Il préférerait la voir en tenue négligée ou débraillée ? « Elle se promène une bonne partie de l’album en robe de nuit (NB longue jusqu’aux chevilles), on assiste au moment où elle se met au lit, où elle en sort. » Ooooh choquant ! aller au lit !!! vraiment ? Ce journaliste doit trouver pas mal de BDs érotiques si ça le dérange… (tiens d’ailleurs on voit aussi Pol au lit, mais ça il ne l’a pas relevé, on ne voit que ce qu’on veut bien voir)
    Et je trouve absurde de dire qu’elle est « victime des événements », ni qu’elle « sorte de l’action », elle prend assez d’initiatives dans cette histoire et c’est grâce à elle que les « méchants » sont démasqués et neutralisés… bien sûr elle ne fait pas de prise de judo au vilain docteur… mais qu’est ce qu’il veut ? une super-woman ou une femme normale?
    Yoko dans cet album est justement loin d’être caricaturale, et pas une « barbie » même si elle porte du rose…
    Bien sûr chacun a droit à son interprétation, mais là je crois qu’il a fantasmé un peu, le journaliste… ou alors il voulait introduire un peu de matière à sensation dans son article ? En tout cas je n’aime pas la façon dont il « impose » son interprétation. D’ailleurs selon le post d’Emilia il est venu à l’interview avec des fortes idées préconçues, il ne faut pas qu’il prétende après à une quelconque objectivité. Imaginez ce que peuvent penser des gens qui ne connaissent pas l’album ou la série en lisant ça… il n’a pas fait un compte-rendu de la BD mais de sa propre interprétation de la BD, c’est ça qui devrait faire un article ?

  • malko10

    wahou

    il est à fond


    Naturellement, avec les années (12 exactement), Yoko Tsuno s’est transformée. Ce qui apparaît clairement depuis quelques albums, et cela est encore plus évident avec celui-ci, c’est que Roger Leloup est en train d’investir son héroïne d’un halo érotique certain. Le lecteur est amené à «voir» quelques scènes intimes auxquelles il n’avait jamais eu droit et cela n’est malheureusement pas étranger au fait que Yoko Tsuno soit une femme. Elle se promène une bonne partie de l’album en robe de nuit, on assiste au moment où elle se met au lit, où elle en sort. La coquetterie l’a finalement atteinte. Elle est dotée de plus en plus de tout un ensemble de caractéristiques de la féminité traditionnelle: sa tenue vestimentaire est de plus en plus étudiée, elle a beaucoup perdu de son agressivité, elle est poseuse et un peu «Barbie». Mais ce qui est plus grave encore, c’est qu’en la faisant devenir de plus en plus victime des événements, Roger Leloup est en train de la «sortir» de l’action. Le lecteur, ébahi devant tant de beauté plastique, n’aura plus prise sur les personnages ni sur les paysages. Il aura devant lui des êtres idéalises et du pittoresque. À Roger Leloup d’y voir.
    D’électronicienne

  • Gaby

    Jamais vu de faute dans un journal. C’est un record pour moi. Ce
    journaliste l’attaque avec la robe de chambre comme si c’était
    érotique ou ou qu’il écrit autre chose comme quand elle va se coucher
    il trouve ça exotique. Je ne vois rien de ça et je ne vois pas le
    rapport. Il y en a également de l’aventure dans les bandes dessinées.
    C’est le journaliste le problème pas Roger Leloup.smiley

  • Gaby

    La façon que j’ai compris en lisant l’article il veut souillé la
    réputation de Yoko Tsuno bien comme il faut. J’espère que Roger Leloup
    a eu une bonne réplique à cette époque-là.smiley

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